Les violences conjugales : « L'homme qui ne parlait pas »

Un article pour passer du cliché à l'info

6 stagiaires de l'EDI IMAJ de Villiers-le-Bel, un étudiant journaliste et une éducatrice réunis pour produire un autre regard sur les violences conjugales. Un article à découvrir et une réflexion à partager ici.

Six stagiaires en Formation Professionnelle à l'EDI IMAJ* de Villiers-le-Bel, accompagnés d'un étudiant en journalisme et d'une éducatrice spécialisée ont mené des interviews et collecté les informations requises pour écrire ensemble l'article « Violences conjugales : l'Homme qui ne parlait pas ».

Cet article est l'aboutissement du projet nommé « du cliché a l’info », financé par Ville Vie Vacances, auquel les 6 jeunes ont pris part. Un projet qui fait partie des ateliers concourant à l'insertion professionnelle des jeunes accompagnés par Imaj.

La première partie de l'article a été exclusivement écrite par les jeunes et la deuxième partie a été rédigée par Léo Ciabrini étudiant en journalisme. Le travail journalistique de conduite des interviews a été effectué par les jeunes.

Les violences conjugales : « L'homme qui ne parlait pas »

Les hommes ont le monopole des violences conjugales. Ce cliché est moins présent aujourd'hui. Une victime de violence sur 3 est un homme, une réalité mal-connue dont on n’ose pas parler.


Des hommes sans réaction
En général, ce sont des hommes qui ont des personnalités passives. Ils ont peur des conflits, ils aiment passionnément leur femme mais ne s’y confrontent pas.

L'escalade de la violence
La violence dans un couple commence par des manipulations psychologiques « t'es nul, tu sers a rien ». Ces mots sont des humiliations quotidiennes qui rabaissent le moral de la victime et lui font perdre de la confiance en elle. Des menaces « je vais te tuer », le contrôle et la jalousie sont aussi des violences psychologiques. La situation du couple devient alors de plus en plus critique. Mais contrairement aux hommes violents, la dégradation du climat conjugal peut prendre des années. Puis, de la violence psychologique on passe à la violence physique. Le plus souvent, la femme se sert d'armes blanches pour être assez forte face à son conjoint.

Pourquoi la violence ?
Certaines femmes ont un caractère agressif, d'autres femmes vivent une période de stress dans leur vie comme l'arrivée d'un enfant ou la perte d'un travail. Enfin, une dernière catégorie de femmes a toujours connu la violence depuis son enfance et ne sait pas s'exprimer autrement.

Des victimes sans réaction
Très peu de victimes prennent conscience de la gravité de la situation, seul un homme victime sur dix dépose plainte. Ils ont peu d’estime pour eux- même, ils trouvent normal de se faire agresser et se sentent coupable de la réaction de leur femme. C’est pourquoi, ils préfèrent se renfermer sur eux même, plutôt que d’assumer la situation. Cependant, contrairement aux femmes victimes, lorsqu'ils décident de partir, la décision est définitive. La plainte est la dernière étape avant la fuite.

Les conséquences sont importantes.
Au niveau personnel, l'homme perd ses repères, se pose des questions, et doute de lui-même. Il ressent de la peur et de la honte de ne plus se sentir homme, donc c'est impossible pour lui d'en parler à son entourage. Ces sentiments conduisent de l'isolement, au « laisser-aller », jusqu'à parfois la dépression.
Au niveau familial, les enfants peuvent être aussi touchés. Ils sont manipulés et utilisés par leur mère comme objet de chantage. Dans une impasse, la majorité des pères se sentent bloqués dans la situation. Un manque de structures et d'associations pour accompagner les victimes hommes de violences conjugales, empêche de les aider et de trouver des solutions.

Par Amel Idrissi, Nina Adakpo, Damien Hamel, Mansour Barry, et Joe Mahoudeaux

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« Depuis mon arrivée, seulement cinq hommes, sont venus à ma rencontre. Des femmes, j'en vois 3 à 4 par jour. »

Valérie Bayon est assistante sociale au pôle d'aide aux victimes et prévention de la délinquance du Val d'Oise. Elle travaille conjointement avec le commissariat de police de Sarcelles depuis un an dans le cadre d'un accompagnement et d'un soutien social aux victimes de violences conjugales. Dans un contexte compliqué, elle nous raconte son rôle quotidien auprès des victimes et les difficultés de sa fonction.

Que fait le Val d'Oise pour venir en aide aux victimes ?
Aujourd'hui, très peu de choses sont faites pour aider les victimes masculines. Suite à une volonté politique de mieux prendre en compte les violences conjugales, et en collaboration avec le commissariat de Sarcelles, un projet d'intervenant sociaux en commissariat est mis en place depuis six ans. Nous n'accueillons pas seulement les hommes battus, mais toutes les victimes, femmes et enfants, ainsi que les auteurs. Hormis le 115, aucune association n'a vu le jour pour répondre aux besoins des hommes, ni même de groupe de parole, ou campagne de sensibilisation. Le poste existe dans chaque commissariat de France. Je ne suis en aucun cas un policier à part entière.

Quel est son fonctionnement ?
Je suis l'unique personne à travailler dans ce commissariat sur le sujet. Dans le Val d'Oise, nous sommes six: cinq intervenants et un psychologue. Nous recevons des subventions de la ville de Sarcelles mais également du conseil général, du département, ainsi que du Ministère de l'Intérieur.

Quelles sont les procédures mises en place ?
Dans la formation des nouveaux policiers, le sujet des violences conjugales fait partie du cursus d'entrée dans les forces de l'ordre. C'est assez récent, mais les efforts sont là et la situation évolue peu à peu. Il s'agit surtout de leur apprendre à aborder ce sujet délicat. Quel que soit le sexe, le suivi social et les conditions d'accueil sont identiques. Quant aux procédures, elles varient en fonction de la demande des victimes. Le tribunal propose surtout de l'orientation. Il dirige vers des psychologues ou partenaires de la ville. Il fait aussi un état des lieux de la situation familiale, particulièrement des enfants.

Sont-elles efficaces ?
C'est dur à dire, les femmes sont souvent battues physiquement, les hommes, psychologiquement. Une situation dure à percevoir, d'autant que leur silence n'arrange pas les choses. En 2014, le sujet reste tabou. Depuis mon arrivée, seulement cinq hommes, sont venus à ma rencontre. Des femmes, j'en vois trois à quatre par jour. La justice a énormément de mal à agir et condamner les agresseurs. Les peines peuvent aller jusqu'à un an de prison ferme suivi d'un contrôle judiciaire. Chaque dossier a ses caractéristiques personnelles.

Ce travail vous plaît-il ?
Je travaille ici depuis un an en tant qu'assistante sociale. Ce poste, je l'ai construit, comme l'a fait mon prédécesseur. Au début mon rôle était compliqué, car méconnu. Le fait d'apporter un œil extérieur, d'une personne n'appartenant pas aux forces de l'ordre rendait les choses difficiles. Le fait de travailler dans un commissariat de banlieue, me plaît. Sarcelles est un vivier culturel, par la diversité de population et la richesse de son réseau associatif. On participe chaque jour à lutter contre l'exclusion sociale. J’ai choisi ce travail, car le quotidien est formateur, je renouvelle chaque jours mes acquis. Il faut savoir rester humble et ne pas faire à la place de l'autre. Car malgré la souffrance, l'autre est encore capable de mettre en lumière, d'innombrables compétences.

Propos recueillis par Joe Mahoudeaux et Amel Idrissi

* Les Espaces Dynamique Insertion (EDI) permettent aux jeunes de 16-25 ans sortis du système scolaire sans diplôme ou sans qualification de définir une stratégie optimale d'accès à la vie professionnelle. Trois EDI sont implantés dans le département dont celui de Villiers-le-Bel. Ils organisent pour les jeunes qu'ils accueillent des actions individuelles et collectives adaptées aux projets de chacun, en prenant en compte la globalité des problèmes rencontrés par ces jeunes et leur permettant de lever les difficultés qui constituent un frein à leur insertion professionnelle.