Que d'histoires !

" nous y avons reconnu dans toute la largeur du mur depuis le petit portail de l'église jusqu'à dix pieds et demi de distance dudit portail, et dans toute la hauteur dudit mur, vingt marque d'empreintes de clous des souliers des voleurs " (...)

L'affaire des vols de l'église ...

La retranscription qui suit relate l'affaire dite des "vols de l'église" dont la transcription originale est conservée et consultable aux archives municipales de Villiers-le-bel.


Contexte historique

eglise245L'affaire "des vols commis dans l'église de Villiers-le-bel" s'est déroulée en pleine époque révolutionnaire, période agitée et complexe de l'Histoire de France.

En mai 1791, la France vivait sous le régime de l'Assemblée Constituante, nom pris par les "États généraux" le 9 juillet 1789. L'État traversait alors une période extrêmement difficile, car ses caisses étaient vides : recettes fiscales bloquées depuis juillet 1789, hausses des prix des denrées de première nécessité (pain, légumes, farine, viande, beurre..), fuite des capitaux vers l'étranger, etc.... Il fallait impérativement trouver de l'argent. Et comme on était alors en pleine Révolution, L'Assemblée Constituante recourût à des procédés "extraordinaires" (pour ne pas dire "révolutionnaires") afin d'obtenir cet argent.

L'Église Catholique de France était alors très riche, ses biens étant estimés à environ 2 milliards de livres ( dont les biens immobiliers, qui représentaient environ 12% de la surface du royaume ) et ses revenus annuels à environ 200 millions de livres* très inéquitablement réparties entre petites cures, grandes cures, et diocèses. Sur une proposition de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, âprement débattue, les biens de l'Église Catholique de France furent déclarés "biens nationaux" (Décret du 2 novembre 1789) et mis à la disposition de l'État qui, en contrepartie, s'engagea à verser un salaire annuel de 1200 livres à tout curé (non compris le logis et le jardin ).
*Équivalences données sous toutes réserves !
2 milliards de livres = 301 239 258 Euros environ
1 livre ou 1 franc ≈ 0,988 franc = 20 sous / 1 sou = 10 deniers - 1 denier ≈ 0,412 centimes (soit 0,06 centime d'Euro). Les gens du petit peuple (ouvriers, journaliers, domestiques,"petits métiers", artisans ) gagnaient entre 5 à 25 sous par jour approximativement. Et un seul repas simple ( pain, viande et boisson ) pouvait coûter entre 5 et 10 sous au moins.

Au plan administratif, la France fut divisée en 83 départements, eux-mêmes subdivisés en districts, puis en cantons (Décret du 15 janvier 1790) dont les noms, superficies, et limites furent définitivement fixés quelques semaines plus tard (Décret du 26 février 1790).

Depuis l'adoption du Décret du 22 décembre 1789, l'administration de chacune des 44000 communes relevait de la responsabilité du Conseil Général de la Commune. Ce conseil était constitué pour un tiers d'un Conseil Municipal et pour deux tiers de citoyens élus pour 2 ans par les citoyens actifs uniquement, ce qui excluait de fait pratiquement toutes les femmes.

N.B. : Malgré le Décret du 8 mai 1790 posant le principe d'une uniformisation des poids et mesures (Système métrique), les membres de la municipalité continuent d'utiliser les anciennes mesures en pouces, pieds et lignes.

Présentation des documents

L'ensemble du dossier consacré à l'affaire des vols commis dans l'église de Villiers-le-Bel consiste en un ensemble de 5 double-feuillets - soit 20 pages, dont 12 sont manuscrites - sur papier vergé, qui faisait partie des anciens registres de minutes du greffe de la municipalité de Villiers-le-Bel. Ce dossier se compose de :

1 procès-verbal : 2 feuillets de papier vergé blanc - chaque feuillet plié en deux - liés, et datés du 28 mai 1791 - Format 18 x 25 cm.
Procès-verbal complet - dressé par les membres du Conseil Municipal - de l'effraction, des déprédations, et des vols qui furent commis en l'église Saint Didier dans la nuit du 27 au 28 mai 1791.
Le premier feuillet de ce procès-verbal est marqué, en sa partie supérieure, du tampon du tout nouveau département de la Seine et de l'Oise*. Ce tampon porte la devise de l'Assemblée Constituante, qui gouvernait alors, savoir "La Nation, la Loi, le Roi".
*Décrets du 15 janvier 1790 et du 26 février 1790 établissant un nouveau découpage administratif du territoire français. Plus précisément, le département de Seine et de l'Oise fut créé par décret le 4 mars 1790. D'une superficie de 5600 Km2, il englobait tous les départements de l'Ile-de-France (Paris excepté). Il fut supprimé le 1 janvier 1968 et divisé en 6 départements (Essonne, Hauts- de-Seine, Seine Saint-Denis, Val-de-Marne, Val d'Oise, Yvelines)

1 certificat : 1 feuillet de papier vergé blanc, daté du 29 mai 1791 - Format 18,5 x 25 cm.
Rédigé sur son seul recto et frappé du timbre de la poste ("Expédition 8 sols") et du sceau de la commune, ce document entérinait le procès-verbal. Le sceau porte la devise adoptée par l'Assemblée Constituante, savoir "La Nation, la Loi, le Roi". Il est significatif, et symbolique, que dans cette devise, le Roi soit relégué à la "dernière place".

1 copie de lettre manuscrite non-datée, non-signée : 1 feuillet de papier vergé bleu pâle, plié en deux - Format 16,2 x 21 cm.
Lettre envoyée au Directeur du dépot des vases sacrés demandant que de nouveaux vases soient donnés à la paroisse de Villiers-le-Bel.

1 copie de lettre manuscrite non-datée, non-signée : 1 feuillet de papier vergé blanc, plié en deux - Format 15 x 19,5 cm.
Réponse -négative - de Mr. Champion, Directeur du Dépot des vases sacrés.

Vole de l'Église de Villiers le bel

Minute du greffe de la Municipalité

(Procès-verbal du 28 mai 1791 - Transcription exacte, fautes comprises)
Les mots en italiques figurent au Glossaire à la fin de ce document.

L'an mil sept cent quatre vingt onze le samedi vingt huit mai, six heure du matin est comparu pardevant nous Jean Auguste Charles Morillon, maire de la Municipalité de Villiers le bel, Le sieur Claude François Luce, curé de cette paroisse, lequel nous a déclaré que dans le courant de cette nuit des voleurs étoient entrée dans l'église par sa maison et son jardin, ayant faie une pessée sur la porte donnant sur la ruelle des Prèsoires, avoient crochetée la porte qui donne sur la ruelle Saulier, avoient forcé la porte colaterale de l'église qui donne dans sa cour, étoient entré dans le Chœur, y avoient forcée le tabernacle, arrachés la serrure, avoient volé le St Ciboire où étoient les Saintes hosties, les avoient versés dans le tabernacle, avoient forcé la serrure de l'endroit situé sous le tabernacle où étoient renfermés les Stes huiles, en avoient emporté les Boites d'argent, avoient aussi volé le croissant où s'attache la Ste hostie mise dans le Soleil, avoient crocheté la porte qui est au bas de l'hot l'autel qui conduit à celle du trésor et l'avoient laissé ouverte. Il nous a pareillement declaré qu'avertis dés le grand matin de ce vol et de cette profanation, il étoit accouru à l'église revêtu de son surplis, y avoit pris une Etole violette en signe de douleur, avoit remis les Stes hosties dans une autres ciboire le plus respectueusement qu'il lui avoit été possible, avoir ensuitte au bas de L'autel psalmodié avec le peuple le pseaume misereré et le trai Domine nom secundum en forme de réparation de l'outrage faite à Jésus Christ dans Dans le St Sacrement, avoir ensuitte donné la Bénédiction du St ciboire au peuple et l'avoit reserré dans le trésor dans une boîte ouverte où se trouve un Corporal, et avoit posé dessus un voile rouge parsemée d'or.

Dont et de tout ce que dessus nous a requit acte pour servir et valoir ce que de raison, et a signé avec nous et notre secrétaire, à Villiers le bel les dits jour et an que dessus.
Approuvé deux mots rayée comme nuls.

Morillon (Maire)
G.Housel (Secrétaire)
Luce (Curé de Villiers le bel)

Et lesdit jour et an que dessus sept heures et demie du matin le Conseil Municipal convoqué extraordinairement en réunion en la maison de M. le maire et composée du Sr Morillon Maire, des Sieurs Pierre Gouffé, François Berger, François Hubert d'Eaubonne officiers municipaux, et du S. Pierre Louis Housel, notable adjoint faisant les fonctions de procureur de la Commune en l'absence de M. Randon, il a été fait lecture du rapport ci-dessus et de l'autre part, et il a été arrêté à l'unanimité qu'on se transporteroit sur le champ sur les lieux pour constaté les faits en présence des Sieurs Nicolas François Michel et Louis Charles Botson notables adjoints.

Il a été aussi arrêté que M. le maire écriroit sur le champ à MM. de la gendarmerie nationale pour les invité à venir sur le champs remplir les fonctions de leur ministère.

Etant arrivés chez Mr Luce curé de Villiers le bel nous nous sommes transportés dans son jardin ou nous avons vu que la porte donnant sur la ruelle Saulnier, que le Sr Louis Bobi nous a déclaré avoir fermé hier au soir à double tour, s'est trouvé ouverte ce matin, sans cependant qu'il y ait aparence d'effraction, mais le penne de la serrure étoit ouvert jusqu'au ras de la gâche. De là nous nous sommes transportés à une autre porte du jardin donnant sur la ruelle des pressoirs à laquelle nous avons reconnu une effraction faite avec une pique de carrier à la hauteur de trois pieds en dehors de la porte, ladite effraction large d'un pouce et demi de long sur deux pouces de large et un pouce de profondeur le tout à la feuillure du mur de ladite porte; nous avons aussi reconnu une effraction à ladite porte de trois pouce huit lignes de long qui paroit avoir été faite par la pessée de l'effraction ci-devant transcrite.

Ensuite aiant observé dans ladite ruelle différentes places au mur du jardin de M. Randon où il y avoit des dégradations nouvellement faite, nous avons reconnu à un pied dix pouces de hauteur un trou au mur par lequel il paroit que les voleurs ont monté, aient entré dans le jardin dud. Sr Randon, nous y avons reconnu qu'il a été donné deux coup de pique au chaperon à trois pieds de distance de la porte à gauche, nous avons égallement reconnu que la dégradation dudit chaperon été de dix pouces de longueur, nous avons aussi reconnu deux platras à terre provenant de ladite dégradation; nous avons encore reconnu une effraction à la feuillure de la porte dudit jardin à gauche de deux pouces et demie de long sur huit lignes de larges et huit lignes de profondeur, à quatre pieds et demi de terre. Nous avons encore reconnu trois ou quatre rayes au mur dudit jardin à neuf pieds de distance de la porte à droite qui paroissent être les clous des souliers des voleurs qui ont passé par dessus ledit mur, nous avons aussi trouvé dans le jardin potager du Sr Randon un pique de carrière qui a été déposé dans une tranché, lequel pique paroit être l'instrument qui a servis aux voleurs pour faire lesdites effractions. Nous avons fait transporter ledit pique au greffe de notre Municipalité pour servir de pièce de conviction.

De là nous sommes transportés dans le haut du jardin du Sr curé de Villiers le bel dans une portion de terrain appelé le petit simetière, et nous y avons reconnu le long de l'Espalier au mur de la rue de l'Ecolle des pas nouvellement emprins sur la terre l'un desquel distancé du dernier pillier de l'église de cinq pieds, et du mur de la rue de l'école de trois pieds étoient emprins de dix petit trous faisant l'emprinte des clous qui étaient à la semelle des souliers des voleurs. Ensuite nous avons reconnu, au mur qui sépart ledit petit cimetière de la cour de M. le curé la marque des clous des souliers avec de la terre fraiche qui étoie attachés au souliers des voleurs qui ont franchi le mur pour passé dans ladite cour, à un pied et demi de distance de la baie et à trois pieds de terre. Nous avons aussi reconnu à l'autre costé de la baie à costé du petit portail à deux pieds des ardoises de la couverture dudit portail une marque de souliers garni de clous qui ont laissé leur empreinte dans les pierre dudit mur qui n'est point recrépis. Dans laquelle marque s'est trouvé de la terre fraiche et l'empreinte de trois clous. À dix pouces de ladite marque nous avons reconnu une autre empreinte comme celle ci-devant désigné ou la pointe du pied est emprinte sur de la terre à cinq pouces en desandant. Sur la gauche, une pareille empreinte avec la marque des clous et de la terre, au-dessous des dites empreintes à un pied et demi de distance une pareille empreinte sur le mur avec la marque de trois clous. Vers le milieu de ladite baie, nous avons encore reconnu à un pied dix pouces de terre, l'empreinte du soulier avec de la terre et la marque des clous des souliers des voleurs qui ont franchi le-dit mur.

De là nous nous sommes transportés dans la cour de M. le curé, et nous y avons reconnu dans toute la largeur du mur depuis le petit portail de l'église jusqu'à dix pieds et demi de distance dudit portail, et dans toute la hauteur dudit mur, vingt marque d'empreintes de clous des souliers des voleurs qui ont passé par dessus le mur, ce qui forme plus de cent cinquante rayes empreinte dans le crépi dudit mur. Et de suite nous avons égallement reconnu au chaperon du mur deux dégradations à deux pieds de distance l'une de l'autre, puis nous sommes entré sous le petit portail attenant audit mur, et nous y avons trouvé que la porte d'entré de ce costé qui été fermé hier à double tour par le Sr Michel Bedaud de ladite église étoit ouverte sans cependant qu'il y ait aucune marque d'effraction, ce qui fait croire que ladite serrure n'a pu être ouverte qu'avec un crochet ou une faux clé.

En suite nous sommes entré dans l'église, et nous avons reconnu que les grilles du Chœur - que le Sr Michel nous a dit avoir fermé hier au soir - ainsi que les grilles des chapelles se sont toutes trouvées égallement fermés ce matin, mais nous avons reconnu à la grille de la chapelle de la Ste Vierge, sur le costé gauche de ladite grille la marque des pieds et la terre des souliers qui étoit sarti au barreaux de ladite grille pardessus laquelle les voleurs ont passé, nous avons aussi reconnu qu'il y avoit de la terre fraiche au deux costés d'un ovale et sur une des pilastres du costé gauche de ladite grille avec aussi de la terre fraiche qui est resté des souliers des voleurs sur le ban qui est adossé à ladite grille.

Ensuite, nous somme monté au Maître autel, et nous y avons reconnu, que la porte du tabernacle dans lequel étoient enfermé le ciboire et les Stes hosties avoit été forcé et qu'il y avoit deux larges effractions à la porte; l'une au milieu de deux pouces et demie de long, et une au bas de ladite porte d'un pouce quatre lignes de long, que la serrure n'étoie plus à la porte dudit tabernacle, mais été renversé au fond du tabernacle avec deux vice qui étoient égallement jetté dans ledit tabernacle, et le Sr. Rémi Bobi, carillonneur de la-dite église, nous a dit que quant il étoit venu sonné l'engéluse à quatre heure ce matin, il s'étoit apperçu de cette effraction, qu'il avoit vu la porte du tabernacle toute grande ouverte tel que nous l'avons trouvé et que surpris de cet évènement, il été allée cherché le Sr. Jean Pierre Michel, bedaux de ladite église, et Nicolas François Michel son frère et qu'ils avoient vu que la serrure du tabernacle étoit renversé sur les Stes hosties, lesquels étoient versés au milieu du tabernacle mais que le ciboire qui les renfermoit n'y étoit plus.

Nous avons encore reconnu que la porte au-dessus du tabernacle dans laquelle étoit renfermés les Stes huilles avoit été forcé, qu'elle n'étoit plus dans ses fiches, mais été jettée sur un coin de l'autel, nous avons égallement reconnue, que les fiches de ladite porte étoient resté à leur places, nous avons aussi trouvé une vice de la serrure du tabernacle qui étoit jetté sur l'autel, nous avons égallement trouvé sur le maître autel, un purificatoire, dans lequel étoit renfermé une boite d'argent qui contenoit les huiles des malades, mais que cette boîte d'argent et celle qui renfermoit l'huille des baptesmes n'y étoient plus et avoient été emportés par les voleurs. Nous avons encore aussi trouvé sur le maître autel le voile qui couvroit le St ciboire de satin cramoisi couvert d'un quiscale de point d'Espagne d'or sous lequel est un satin blanc, nous avons aussi trouvé sur le maitre autel une coquille d'argent servant à baptisé, une coquille ordinaire servant à mettre le sel pour l'eau Benite, la clef des fonts, tous objets qui étoient ordinairemt renfermés sous le tabernacle et qui avoient été retirés par les voleurs, nous avons aussi trouvé sur le maître autel les débris du chapitaux d'une colonne de bois doré servant d'ornement au tabernacle. Il y avoit aussi sur la nappe d'autel, de la terre provenant des pieds des voleurs qui y avoient monté, il y avoit aussi sur la napes d'autel beaucoup de débris des dorures du tabernacles, occasionnés par les effractions qui y sont faites.

En suite nous sommes decendue du maître autel et nous avons reconnu à la porte qui est en sous le maitre autel du costé droit, une effraction vis à vis la serrure de ladite porte à la feuillure d'un pouce de long et une autre effraction de quinze lignes de longueur à ladite porte à costé de la serrure. Et à l'instant où nous quittions nos opérations, Le Sr. Rémi Bobi, carillonneur de ladite Eglise, nous a dit que la dame Marie Louise Soulnaite, femme de Louis Augustin Moreau, lui avoit dit ce matin qu'elle avoit vu à trois heures du matin de ce jourd'hui un homme avec une besace sur son dos qui regardoit par le trou de la serrure de la porte de l'église, quelle lui a fait cette déclaration en présence de M. le curé et d'un grand nombre de personnes. Et attendu qu'il ne se trouve plus rien à constatés nous avons clos le présent procès verbal pour servir et valoir ce que de raison, dont une expédition sera délivré par M. le secrétaire greffier pour être remise au tribunal de Montmorenci entre les mains de M. Mairce brigadiers de la gendarmerie nationales de St Brice qui veut bien sans chargé, ainsi que le pique ou pioche qui a servis aux effractions pour servir aux preuves de conviction de preuve de conviction.

À Villiers-le-bel ce vingt huit mai mil sept cent quatre vingt onze approuvé
(dix mots rayés comme nuls)

Morillon (Maire) - Luce (Curé de Villiers-le-bel)
G.Housel (Secrétaire)
- Gouffé - Berger - B. F. Michel - D'Eaubonne - Botson - P.Housel
- Sr. Boby maître-sonneur - Louis Boby - Michel Gedau

Certificat du 29 mai 1791 entérinant le procès-verbal du 28 mai

Du procès verbal déposé au greffe de la municipalité de Villiers le bel, il appert, que dans la nuit du vingt sept au vingt huit mai dernier des voleurs sont entré dans l'Eglise paroissiale dudit lieu, qu'il ont forcée la porte colatérale de ladite Eglise, qu'il ont entré dans le Choeur, ont forcé le Tabernacle arraché la serrure, volé le St Ciboire où étoient les Stes hosties, les ont versé dans le tabernacle; qu'ils ont forcé la serrure de l'endroit situé sous le tabernacle, ont emportée les boites d'argent où étoient les Stes huilles, ont volé le croisant où s'attache la Ste hostie mise dans le Soleil, ont crocheté la porte qui est au dessous du Maitre autel et l'ont laissé ouverte.

Que Mr Claude François Luce, curé de cette paroisse, avertis dès le grand matin de ce vol et de cette profanation, il étoit accouru à l'église revêtu de son surplis, y avoit pris une Etole violette en signe de douleur, avoit ramassé les Stes hosties le plus respectueusement qu'il lui avoit été possible, les avoit reserrées dans le trésor dans une Boite ouverte où se trouve un corporal, et avoir posé dessus un voile rouge parsemés d'or, avoir avec le peuple spalmodié le Pseaume misereré et le trai "Dominé non secundum" en forme de réparation de l'outrage faite à Jésus Christ dans le St Sacrement.

Certifié véritable par nous Maire et officiers municipaux. Et à celui fait aposé le sceau de notre municipalité à Villiers le bel, ce vingt neuf mai mille sept cent quatre vingt onze.

Morillon (Maire)
G.Housel (Secrétaire)
Bergeotte - Gouffé - Goujon

Copie de la lettre envoyée aux responsables du dépot des vases sacrés placé dans l'Église de Saint Jean-en-grève de Paris

Messieurs,
Il a été fait la nuit du 28 may de cette année dans l'église de notre paroisse un vol assez considérable comme vous le savez dans l'extrait du procès verbal que nous avons fait et que nous avons l'honneur de vous envoyer.

Nous avons besoin d'un ciboire, de boîtes pour y enfermer les Stes huiles, et nous ne pouvons ? nous adresser qu'à vous séant. Nous demandons ces vases qui nous sont absolument nécessaires; vous pouvez dans le dépot des vases sacrés retirés des églises ??? y trouver ce que nous vous demandons.

Si vous ne pouvez exaucer pour le présent nôtre requête, nous vous prions de ???, afin qu'à votre defaut nous puissions, par votre réponse nous adresser au Directoire du département de Paris qui voudra bien venir à notre secours, car notre église ne peut pas rester dans l'état où elle se trouve et nos fonds ne sont pas suffisants pour nous procurer ce qui nous a été volé.

Nous nous reposons sur votre "attentionement..." et dans cette espérance nous avons l'honneur d'? avec la confraternité la plus sincère et la plus respectueuse.

Messieurs
Vos très humbles...

Réponse* de M. Champion, directeur du dépot de vases sacrés placé dans l'église de St Jean-en-grève de Paris
*Copie de la réponse

Les vases sacrés déposés dans l'église de St Jean-en-grève n'en peuvent être séparés pour ou en partie et ne donnés aux églises qui en ont besoin que par l'ordre du directoire du département de Paris. Comme la paroisse de Villiers le bel n'est pas du département de Paris, mais de celui de la Seine et de l'Oise, il faut que la municipalité de cette paroisse s'adresse directement au département de la Seine et de l'Oise pour obtenir de lui un ciboire et autres choses qui lui sont nécessaires, vu le vol qui a été fait dans son église, parce qu'il peut se faire qu'il y ait à Versailles un pareil dépot que celui qui se trouve à St Jean-en-grève.

Si le département de Versailles ne pouvoit rien donné à l'église de Villiers le Bel, le directoire de ce département écriroit sur la requeste de la municipalité au direct... directoire du département de Paris pour l'engager à satisfaire à la demande preste de la municipalité de Villiers le bel et elle seroit exaucée par le directoire du département de Paris. Voilà la marche qu'il faut tenir et qui est indispensable pour se conformer à la règle, et la municipalité de Villiers-le-bel aura soin d'envoyer à son département un présent extrait du procès verbal quelle a fait relativement au vol fait dans son église.

Glossaire

Angélus, du latin angelus, dérivé du grec angélos "messager"
Angélus... et non pas engéluse, orthographe fautive. Depuis le XIVe siècle, prière en l'honneur de la Vierge commençant par ce mot, dite le matin, le midi, et le soir, et annoncée par une sonnerie particulière de cloches, dite elle aussi Angélus ("On sonne l'angélus... ", "L'angélus du soir", ... )

Appert, de apparoir, dérivé du latin apparescere "apparaître, être visible"
Le verbe apparoir n'existe plus en français que sous la forme figée "Il appert que ..." signifiant "Il est visible que...". Il n'est plus guère utilisé que par les membres des professions juridiques ( avocats, magistrats, notaires... )

Bedeau, du francique bidil "représentant de l'ordre"
Bedeau... et non pas bedaux, orthographe fautive. Depuis le XVIe siècle environ, ce terme désigne le portier et le gardien d'un édifice religieux. Cétait d'abord "l'homme à tout faire", souvent l'homme de confiance du prêtre, chargé des taches courantes d'entretien, de surveillance, et d'assistance –non religieuse- aux fidèles.

Besace, mot formé des termes latins bis "double" et saccum "sac"
Sac à 2 poches, en peau ou tissu épais, porté sur l'épaule. On utilisait aussi le terme bissac, plus proche du latin.

Carillon & Carillonneur, du bas latin quaternio "réunion de quatre objets"
Un carillon est constitué d'un ensemble de cloches tintées dont les timbres sont harmonisés. Les cloches sont reliées à un dispositif permettant de jouer des airs. Un petit carillon compte de 4 à 14 cloches, un grand carillon de 15 à 60 cloches. À Villiers-le-bel était un petit carillon. Actuellement, il n'y a plus dans l'église Saint Didier que 2 cloches, actionnées automatiquement par un moteur relié à l'horloge électrique.
Le carillonneur de Villiers-le-Bel était Sieur Boby, un professionnel titré, puisqu'il était maître-sonneur de son état. Il s'agissait d'une fonction difficile - faire sonner les cloches plusieurs fois par jour et de façon harmonieuse ne s'improvisait pas - et très importante, car les cloches rythmaient alors quotidiennement toute la vie d'une communauté civile et/ou religieuse.

Chapiteau, du latin capitellum, diminutif de caput "tête"
Terme d'architecture désignant la pierre élargie, ornementée, et située au sommet d'une colonne ou d'un pilier. Les chapiteaux sont caractéristiques des différents ordres et styles architecturaux (roman, cistercien, gothique, etc...) et sont généralement divisés en 3 parties distinctes.
De bas en haut, on peut distinguer :
1) L'astragale, moulure arrondie, entourant le pilier/la colonne
2) La corbeille surmonte l'astragale. C'est la partie centrale du chapiteau, dont les sculptures représentent souvent une parabole ou un fait tiré de la Bible ou des évangiles.
3) Au-dessus de la corbeille se trouve le tailloir, élément plat, le plus souvent sans ornement, qui assure la transition avec la partie supérieure.

Chaperon, du latin cappa "capuchon"
Dans ce contexte précis, le chaperon désigne la couverture à une ou deux pentes -en pierre, ardoise ou tuile- installée à la façon d'un capuchon au faîte d'un mur pour faciliter l'écoulement des eaux de pluie.

Coquille, du latin conchylium, de même sens
Dans les religions chrétiennes, la coquille est un symbole chargé d'une multitude de significations où s'associent étroitement les concepts de (re)naissance et de mort.

Corporal, du latin corpus "corps"
Linge liturgique consacré, posé sur l'autel, et sur lequel sont déposés le ciboire et les hosties lors de l'eucharistie.

Croissant, du latin crescere "croître, grandir"
Partie d'une pièce du mobilier liturgique catholique appelé ostensoir (apparue au XVIe siècle) servant à mettre en évidence, de façon ostensible, l'hostie. L'ostensoir est constitué d'une colonne montée sur socle et surmontée d'une pièce en forme de soleil ou de couronne, au centre de laquelle s'ouvre une lunette - ou lunule - en cristal.
Le croissant constitue la base de la lunule et sert à maintenir l'hostie verticalement. Il fut volé, car peu encombrant (ce qui, du point de vue des voleurs, avait son importance) et surtout, il devait être en or massif, seul métal jugé digne d'être utilisé pour maintenir l'hostie.

Directoire, du latin directus "droit, sans détour"

Conseil ou collège chargé de la direction d'une société, d'une administration.

Emprins, du verbe empreindre, du latin imprimere "appuyer sur, imprimer"
Le verbe empreindre n'est pratiquement plus utilisé de nos jours qu'au sens figuré : "Et son visage était empreint d'une immense joie..." - "Tout son discours était empreint d'un profond respect..."

Étole, du latin stola "robe"
Longue bande d'étoffe brodée portée autour du cou par les évêques, les prêtres, les diacres. Selon les évènements et la période de l'année liturgique, l'étole est d'une couleur particulière, chaque couleur étant symbolique. Ainsi l'étole violette portée par le Père Luce est-elle significative de la tristesse et de la douleur.

Feuillure, ss dte dérivé du latin folia "feuille"
Terme de menuiserie désignant un évidement rectangulaire, aménagé le long d'un élément de construction et dans lequel vient s'insérer une partie de menuiserie fixe ou mobile (ici, une porte ).

Fonts, du latin fons, fontis "source"
En français moderne, ce terme n'est plus employé que dans l'expression "fonts baptismaux" qui désigne la cuve destinée à recevoir l'eau bénite servant aux baptêmes. C'est au XIIe siècle que les fonts baptismaux ont remplacé les anciens bassins appelés baptistères, dans lesquels devaient descendre et s'immerger entièrement les futurs baptisés.

Ligne, du latin linea "ligne"
Ancienne unité de mesure de distance équivalant à 2,26 cm.environ.

Pieds, du latin pes, pedis "pieds"
Ancienne unité de mesure de distance équivalant à 32,48 cm.environ.

Pilastre, de l'italien pilastro, dérivé du latin pila "colonne"
Chez les Romains, on désignait par ce terme "la projection d'une colonne sur le nu d'un mur...". Un pilastre est une saillie de forme carrée ou rectangulaire dépassant d'un mur, généralement dotée d'une base et d'un chapiteau.

Pouces, du latin pollicem "pouce"
Ancienne unité de mesure de distance équivalant à 2,706 cm. environ.

Preste, de l'italien presto "vif, rapide", dérivé du latin praestus "prêt"
Adjectif synonyme de vif, rapide. Dans la formule "À la demande preste...", preste doit être entendu au sens urgente.

Psalmodié, du latin eccl. psalmodia "art de chanter, de réciter les psaumes"
Et non pas spalmodié, orthographe fautive. Dans un sens plus large, réciter ou chanter tout texte rituel d'une manière monotone.

Psaume, du latin eccl. psalmus, dérivé du grec psalmos "air joué sur un instrument à cordes"
Et non pas pseaume, orthographe fautive. Chant/poëme sacré de la liturgie hébraïque, et repris ensuite par les églises chrétiennes. Le psaume Miserere est chanté les jeudi, vendredi et samedi de la Semaine Sainte et lorsque surviennent des évènements tragiques ( deuil, vol, guerre, catastrophes naturelles... )

Purificatoire, du latin purificacio, dérivé de purificare, mot désignant un acte religieux de purification
Linge liturgique dont se sert le prêtre pour essuyer le calice, après la communion.

Quiscale
À l'origine, quiscale serait un mot indien désignant une race d'oiseaux passereaux d'Amérique. Il en existe de nombreuses variétés, dont certaines sont remarquables par leur plumage éclatant et multicolore (rouge, blanc, doré, noir, etc...). Il semble que ce mot fût ensuite utilisé par les religieux pour désigner, par métaphore, une pièce de linge liturgique dont les teintes reproduisaient celles du plumage de ces oiseaux.*
* Ce qui précède est cité sous réserve, car le mot manuscrit peut être lu soit quiscale, soit quiscace.

Rayes, sans doute du gaulois rica "sillon, rayure, ligne"
Utilisé ici au sens de rayures, marques laissées par les voleurs.

Saint ciboire, du latin ciborium "coupe faite avec le fruit du nénuphar d'Égypte"
Vase liturgique muni d'un couvercle, destiné à conserver les hosties consacrées après la messe. Autrefois appelé pyxis dans la liturgie latine.

Saintes huiles, du latin oleum "huile d'olive"

Le mot huile est attesté à partir du XIIe siècle. Il existe 3 sortes de "saintes huiles", qui sont consacrées et bénites chaque année, le jeudi saint, par un évêque.

Sarti, de l'ancien verbe français sartir, dérivé du latin vulg. sartire "raccommoder, réparer"
Sarti (part. passé du verbe "sartir")
s'applique ordinairement à des pièces métalliques solidement fixées. Ce terme est volontairement employé ici au sens figuré : la terre est sartie, c'est à dire incrustée profondément dans les marques de clous laissées sur la grille du chœur par les souliers des voleurs... afin de souligner leur brutalité et l'importance des dégradations qu'ils ont causées.

Sieur, du latin classique senior "ancien, vieux"
Forme contractée du mot "Seigneur", qui servait à désigner une personne considérée comme respectable (d'abord en raison de ses titres, mais aussi de ses fonctions et de ses actions...). N'est plus utilisé de nos jours que dans un sens ironique ou méprisant.

Soleil, du latin sol, solis de même sens
Partie supérieure de l'ostensoir, en forme de soleil.

Surplis, du latin superpellicium "qui est sur la pelisse"
Vêtement liturgique de lin blanc et sans ornement, autrefois porté "sur une pelisse ou une soutane fourrée pour l'hiver". Il descend jusqu'aux genoux et est porté par les ecclésiastiques durant les cérémonies religieuses lors desquelles ils n'officient pas.

Tabernacle, du latin tabernaculum "tente"
Petite armoire placée au milieu et en arrière de l'autel, ou bien encastrée dans l'un des murs de l'église, et dans laquelle sont conservés le Pain et le Vin consacrés. Son usage remonte au XVIe siècle.

Trai Domine non secúndum
Dans la liturgie chrétienne, le trait est un psaume chanté d'une seule traite, en tout ou en partie, à certains moments de l'année liturgique ou, comme ce fut ici le cas, dans les moments de peine.

Sources bibliographiques

(Ces ouvrages sont disponibles à la bibliothèque L. JOUVET)

Histoire
DUBY (Georges), Histoire de France. Éd. Larousse, coll. "In extenso", 2004.
FURET (François), OZOUF (Mona), Dictionnaire critique de la Révolution Française, Éd. Flammarion, 1988.
MOURRE (Michel), Dictionnaire encyclopédique d'Histoire, Éd. Bordas, 1997.
Journal de la France et des Français : Chronologie politique, culturelle et religieuse de Clovis à 2000, Éd. Gallimard, coll. "Quarto", 2001.

Vocabulaire
BAUMGARTNER (Emmanuèle) & MÉNARD (Philippe), Dictionnaire Étymologique de la Langue Française, Éd. Le Livre de Poche, coll. "La Pochothèque", 2001.
Le Petit Larousse Illustré, Éd. Larousse.
Le Littré, éd. Garnier

Architecture
GRODEKI (L.) Architecture gothique, Éd. Berger-Levrault, 1976.
Encyclopédie illustrée d'architecture, Éd. Flammarion, 1964.

Symbolique
Encyclopédie des Symboles, Éd. Le Livre de Poche, coll. "La Pochothèque", 1996.